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La voix intérieure: est-elle nécessaire pour penser?

La voix intérieure: est-elle nécessaire pour penser?

La voix intérieure, symbole de folie? Nous avons tous en mémoire le mythe des voix entendues par Jeanne d’Arc. Selon les témoignages de Jeanne d’Arc elle-même lors de son procès en 1431, Jeanne a commencé à entendre des voix à l’âge de 13 ans. Ces voix lui ont donné des instructions et des conseils divins. Aujourd’hui, prétendre entendre des voix est devenu risible. Et parfois synonyme de folie. Ce qui pourrait donc dissuader les gens de reconnaître entendre des choses dans leur tête.

Pourtant, nous sommes nombreux à entendre des voix ou des sons dans notre tête. D’autres parmi nous n’entendent rien. Est-ce grave? Est-ce une bénédiction?

Entendre parler ou s’entendre parler dans sa tête est désigné par les scientifiques par le terme de « dialogue intérieur », ou « la voix intérieure ». On vous explique simplement ici ce que c’est, en quoi elle nous aide à penser. Et en quoi sans elle, on peut néanmoins penser. En prenant appui sur un article d’une neurolinguiste, Hélène Loevenbruck.

 

 

La voix intérieure

La voix intérieure, un atout pour le développement de votre enfant

 

La voix intérieure, une forme de représentation mentale

 

Parmi les représentations mentales, on peut citer la voix intérieure. La psychologie cognitive a montré que les représentations mentales jouaient un rôle majeur dans le développement de la pensée. Pour un parent qui cherche à accompagner son enfant dans le développement de sa pensée et dans la réussite de sa scolarité, c’est important de connaître plus précisément le rôle de la voix intérieure.

Hélène Loevenbruck indique que la voix intérieure joue plusieurs rôles. Elle ouvre à la conscience de soi. La conscience de soi primaire, commune avec certains animaux. Elle est le produit de la perception. Je vois, j’entends, je touche, je prends donc conscience par là de mon existence. Et la conscience de soi plus élaborée, étendue dans le temps, propre aux humains. Elle est le fruit d’une activité cognitive. En l’occurrence, la voix intérieure. Je me parle dans ma tête, je prends conscience de ce que j’ai fait, de ce que je projette de faire. Par conséquent, je prends conscience de mon existence qui dure dans le temps.

 

La voix intérieure soutient et développe la pensée

 

Mais la neurolinguiste prête aussi à la voix intérieure une fonction de pensée. En me parlant dans ma tête, je peux mémoriser et  réfléchir.

Une expérience a montré que lorsque les participants doivent se souvenir d’une liste de mots, ils les répètent intérieurement pour les garder en mémoire. Les chercheurs ont découvert en effet que les mots qui se prononcent de la même façon peuvent être confondus plus facilement. Par exemple, si vous devez vous souvenir de la liste de mots « doigt, poids, choix, roi, bois », il est plus probable que vous les confondiez parce qu’ils se ressemblent phonétiquement.

Une autre expérience conduite sur des enfants de 5 ans a mis en scène le jeu des tours de Hanoï. Les chercheurs leur ont demandé de dire à voix haute « ba ba ba ba » durant toute la durée du jeu. Ils ont mis en évidence les performances moindres de ces enfants par rapport à une situation où on ne leur imposait pas de parler à voix haute. Montrant ainsi le rôle de la voix intérieure dans leur réflexion.

 

La voix intérieure-synthese article

Principes d’accompagnement de votre enfant au développement de sa voix intérieure

 

La voix intérieure, quand nous la produisons, est produite spontanément, sans effort. Il est alors tentant de penser qu’il est inutile de la travailler. Ne cédez pas à cette tentation. Car elle se travaille. Pour mieux penser: mieux comprendre, réfléchir, mémoriser, imaginer, faire attention.

 

Faites prendre conscience à votre enfant de ses habitudes de représentation mentale

 

Tout d’abord, il importe de prendre conscience, et de faire prendre conscience à votre enfant, de son existence ou non. Une partie de la population ne se parle pas ou n’entend personne parler dans sa tête. Pour le savoir, je vous invite à conduire avec votre enfant un dialogue pédagogique. Au sens de la pédagogie des gestes mentaux d’Antoine de la GARANDERIE.

Développer la voix intérieure dans ses représentations mentales, cela correspond aux évocations auditives ou verbales dans le cadre de la pédagogie des gestes mentaux.

 

Invitez le à utiliser la voix intérieure dans des activités difficiles pour lui

 

Ensuite, une fois l’existence de la voix intérieure établie chez votre enfant, vous pouvez l’inviter à s’appuyer dessus. Votre enfant utilise la voix intérieure dans les activités cognitives qu’il réussit. Il est pertinent de lui suggérer de l’utiliser dans des domaines où il rencontre des difficultés.

 

Etapes pour accompagner votre enfant à développer la voix intérieure

 

Identifiez comment votre enfant procède cognitivement dans les activités qu’il aime

 

Voici un exemple de dialogue pédagogique entre un parent et sa fille Jeanne. Jeanne aime apprendre les paroles des ses chansons préférées. Le parent, dans ce dialogue, va chercher à lui faire prendre conscience de la manière dont elle s’y prend pour les apprendre.

Parent : Tu aimes bien apprendre les paroles de tes chansons préférées ? Tu n’as pas de difficulté pour les retenir ?
Jeanne : Non, pas de problème, j’arrive à les mémoriser facilement.
Parent : Tu y parviens toujours sans effort ?
Jeanne : Oui, au bout de quelques écoutes, je connais les paroles par cœur.
Parent : Peux-tu m’expliquer comment tu t’y prends pour les apprendre ?
Jeanne : J’écoute attentivement la chanson à plusieurs reprises pour bien retenir les paroles et le rythme. Puis je me la chante dans ma tête.
Parent : Donc tu écoutes bien avant de te la chanter mentalement ?
Jeanne : Oui, c’est ça. J’ai besoin d’entendre plusieurs fois pour bien mémoriser.
Parent : Et quand tu te la chantes intérieurement, est-ce que tu vois des images qui vont avec la chanson?
Jeanne : Euh non, pas spécialement. Je l’entends juste dans ma tête.
Parent : Tu n’as pas d’images des scènes ou des personnages décrits qui te viennent en tête?
Jeanne : Non, je n’ai pas d’images. Je me concentre juste sur la mélodie et les paroles que j’entends.
Parent : D’accord. Et si on passe à l’orthographe, est-ce que tu fais des fautes en dictée ?
Jeanne : Ah oui, pas mal !
Parent : Surtout dans l’orthographe des mots?
Jeanne : Oui, j’ai beaucoup de mal à retenir l’orthographe des mots difficiles.
Parent : Et comment essaies-tu de les mémoriser ?
Jeanne : Je n’ai pas vraiment de technique… Je me dis juste qu’il faut que je fasse attention.
Parent : Mais en dictée, tu ne te souviens pas de l’orthographe, même quand tu t’étais dit de faire attention ?
Jeanne : Non, pas du tout. Je me dis que j’ai déjà entendu le mot, mais je ne me rappelle plus comment il s’écrit.

 

La voix intérieure-Jeanne apprend les paroles

 

Suggérez à Jeanne d’utiliser la voix intérieure pour apprendre l’orthographe

 

Epeler un mot dans sa tête, après en avoir lu chaque lettre à haute voix

 

Jeanne, vous le voyez par le dialogue pédagogique précédent, ne voit pas les lettres des mots dans sa tête. Il lui est difficile dans ces conditions de réussir en orthographe. Pas de panique, vous pouvez vous appuyer sur son habitude de parler ou d’entendre parler dans sa tête pour la faire progresser. Comment?

Vous pouvez dans un premier temps lui montrer comment elle peut se dire dans sa tête chaque lettre d’un mot à orthographier. Par exemple le mot « mythologie ». Jeanne lira d’abord à haute voix le mot entier, en s’écoutant, puis lettre par lettre, en s’écoutant. C’est-à-dire en prenant conscience du son de sa voix. Vous cacherez le mot. Vous lui demanderez de se parler avec la voix intérieure chaque lettre qu’elle vient de prononcer à haute voix. En pédagogie des gestes mentaux, on dit qu’elle évoque auditivement si la voix intérieure qu’elle entend n’est pas la sienne. Verbalement si c’est sa propre voix.

Si elle oublie une lettre, vous pouvez l’autoriser à lire de nouveau le mot à voix haute, puis chaque lettre du mot. Puis vous cacherez le mot et l’inviterez à se parler intérieurement chaque lettre du mot, ou à entendre une autre voix parler dans sa tête. En répétant ces opérations, Jeanne finira par bien orthographier le mot.

 

Prendre l’habitude d’épeler un mot dans sa tête trois fois par semaine, pendant trois semaines

 

Dans un second temps, vous pouvez lui donner l’habitude d’évoquer auditivement chaque lettre de mot figurant dans une liste que vous aurez constituée. En suivant la même procédure que précédemment. Vous pouvez par exemple dresser plusieurs listes de cinq mots chacune. Et faire cet exercice trois soirs par semaine. Le tout pendant trois semaines. L’idée n’est pas d’apprendre ainsi l’orthographe de tous les mots. L’intérêt de procéder ainsi est de donner l’habitude à Jeanne d’utiliser la voix intérieure pour apprendre l’orthographe. Surtout celle des mots qu’elle retient difficilement.

 

Et si mon enfant ne s’entend pas parler ou n’entend pas parler dans sa tête?

 

Hélène Loevenbruck dans son article indique que certaines personnes n’entendent pas parler dans leur tête en effet. Et de citer l’exemple d’Einstein. Qui ne pensait pas par des représentations mentales auditives mais visuelles. Dans la pédagogie des gestes mentaux, on pourrait dire qu’il évoquait en langue pédagogique visuelle. C’est peut-être le cas de votre enfant. Pour peu qu’un dialogue pédagogique le montre.

Dans ce cas, il est possible de conduire votre enfant vers la production d’évocations auditives ou verbales. Une loi fondamentale de la pédagogie des gestes mentaux stipule qu’il faut partir des habitudes évocatives et s’appuyer dessus pour acquérir de nouvelles habitudes évocatives. Ici, il est possible de s’appuyer sur les évocations visuelles de votre enfant pour lui apprendre à évoquer auditivement ou verbalement.

Mais dans le cas de l’apprentissage de l’orthographe, c’est inutile. Car avoir l’habitude d’évoquer visuellement constitue un atout pour apprendre l’orthographe.

Dans d’autres cas, l’habitude évocative visuelle représentera un inconvénient. Il sera alors approprié d’apprendre à évoquer auditivement.

Si vous le faites savoir en commentaire de cet article, je pourrai développer dans un prochain article quelques points de méthode pour apprendre à évoquer auditivement.

N’hésitez pas à liker ou à commenter mon article. Et à me faire savoir les sujets que vous aimeriez me voir aborder par la suite. Merci par avance 🙂

 

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5 thoughts on “La voix intérieure: est-elle nécessaire pour penser?

    • Author gravatar

      Un article intéressant qui aborde un sujet que je n’ai jamais lu auparavant. Merci pour les exemples que tu donnes avec les enfants. J’ai deux jeunes enfants, j’essaierai peut-être de suivre comment ils évoluent dans cette direction.

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      Est-ce lié à l’intuition ?

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        Merci pour votre question.

        L’intuition peut nous conduire à nous entendre intérieurement.

        Mais la voix intérieure de la gestion mentale peut être développée volontairement sur la base d’autres facteurs: la recherche de similitude ou de différence, un projet de sens de recordman ou de compréhension … Ces facteurs identifiés par la gestion mentale guident la voix intérieure, la langue pédagogique auditive ou verbale pour utiliser un vocable de la gestion mentale. Là où affirmer que nous sommes « visuels » ou « auditifs » n’épuise pas le sujet du « comment faisons-nous pour penser »!

    • Author gravatar

      J’ai appris à écouter ma voix intérieure. Elle me guide dans mes choix de vie et me permet d’avoir confiance en moi. Merci pour ton article très intéressant.

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